mercredi 16 août 2017

Lesbiennes, nous sommes les clandestines

Article publié dans Le Monde libertaire 1782 - du 15 octobre au 14 novembre 2016
Lorsque mon amie Mélusine m’a proposé d’écrire un article pour ce numéro consacré aux problématiques "LGBT", ma première réaction a été de me dire qu’en tant que lesbienne et féministe radicale, je ne me reconnais pas et je ne me suis jamais reconnue sous cet intitulé LGBTQ... I... Y... Z... et plus si affinités ! Trop de lettres dans une formule qui, une fois de plus, vise à ensevelir les femmes sous un fourre-tout mélangeant femmes et hommes, de tous bords politiques, diluant les préoccupations, l’Histoire et les spécificités du vécu des femmes. Femmes otages de revendications politiques qui ne sont pas les leurs. Défiler derrière une banderole portant des mots d’ordre pro-prostitution ou encore pro-GPA, lors de marches des fiertés, censées représenter TOUTES les lesbiennes. Nous menant ainsi tout droit à la coupure d’empathie et au sabotage de la sororité si vitale pour les femmes, opprimées et sacrifiées au nom de la toute-puissance libérale patriarcale !
Femme-ventre, femme-oreille, femme-vagin, femme-épaule, femme-petites-mains, femme-faire-valoir...
L’illusion, aussi, qu’il suffirait de vouloir inverser le rapport de force et que l’on pourrait adopter les codes des oppresseurs pour parvenir à changer la donne. Joliment briqués derrière une vitrine des plus fun et branchouille, intitulée "performances de genre" !
À mesure que je fréquentais le milieu LGBT, force était de constater qu’il contribue avant tout à cultiver chez les lesbiennes une certaine dose de misogynie, les rendant dissociées, alliées des hommes gays, mais surtout pas de toutes les femmes ni d’elles-mêmes ! "Ne me libérez pas, je m’en charge !" disaient nos soeurs d’hier ! Avons-nous donc oublié ?
Et puis, j’ai pensé à l’émotion que j’ai ressenti, cet été, à l’annonce si discrète de la mort de Françoise Maillet-Joris, autrice qui m’était jusqu’alors inconnue. Aucun article ne la présentait comme faisant partie de l’Histoire des cultures lesbiennes, pas plus que comme ancienne Compagne de Marie-Paule Belle. Dans le texte : "celle qui a vécu avec", "sa collaboratrice", mais pas CELLE QU’ELLE A AIMÉE, SON AMOURE, SA COMPAGNE. Il avait dû falloir pourtant une bonne dose de courage à cette femme, alors âgée de 19 ans, pour publier en 1951 un premier roman lesbien, "le rempart des béguines", alors que Françoise Sagan, derrière "Bonjour Tristesse", resterait longtemps contrainte à se dissimuler dans un placard à double fond ! Une fois de plus, les médias effacent l’identité lesbienne de ce parcours de femme, jusqu’après sa mort et, par conséquent, nous empêchent d’écrire notre Histoire, plus encore que l’Histoire du Peuple des Femmes.
Nous sommes les clandestines !
- Maman a prévu deux petits lits séparés de hauteurs différentes, dans la chambre, pour scinder notre couple jusque dans notre intimité.
- Ma compagne refuse que je décroche le téléphone filaire de notre appartement, qui lui sert de lieu de travail. Ses collègues pourraient comprendre...
- Je n’ai pas pu accompagner ma compagne lors du voyage annuel offert par sa boite dans un luxueux hôtel Marocain. Les cadres étaient invités à profiter de ce moment de détente avec leur conjoint, mais moi je n’ai pas d’existence...
- Mon nom ne figure pas sur la porte de l’appartement, pas plus que sur le bail. Nous avons craint les représailles lesbophobes.
- Nos regards restent en alerte dans l’espace public, et nos mains se lâchent brutalement au moindre signe de haine lesbophobe.
- Nous ne pouvons pas nous embrasser librement lors des départs sur les quais de gare. Les regards insistants me mettent mal à l’aise.
- Ma vie est un coming-out permanent : travail, médecin, administrations...
- Nous n’avons pas d’Histoire.
- Au Collège, les cours d’éducation sexuelle étaient hétéronormés. J’ai longtemps pensé être une femme sans désir.
- Le cinéma ne nous représente pas, ou nous vole tout ! Femme aux cheveux bleus. "le bleu est une couleur chaude", oeuvre de Julie Maroh pillée, piétinée... Abdellatif Kechiche... homme se croyant légitime à représenter des amoures lesbiennes, nous instrumentalisant au bénéfice des désirs masculins.
- Violette Leduc n’a pas fait partie des autrices à découvrir lors de mon cursus en Bac Littéraire et, pourtant... Et pourtant...!
- Les sites de rencontres proposent les cases "bi curieuse", "active", "passive", pour ne jamais inviter les femmes qui font le premier pas vers elles-mêmes à se reconnaître tout à fait.
- Bouleversée à la lecture d’un rare témoignage d’une femme ayant perdu sa compagne. Je réalise que je n’avais aucune représentation du deuil pour un couple lesbien. Aucun magazine ou autre média ne m’en a donné la possibilité. Pourtant, nous sommes confrontées aux mêmes affres de la vie, de même que nous vieillissons aussi.
Où sont ces femmes ?
- La première fois que j’ai embrassé une femme, j’ai pensé "c’est mal, mais qu’est-ce que c’est bon !"
- À 15 ans, dans ma petite ville natale, je n’avais aucune possibilité d’identification à des lesbiennes, pas de mots pour imaginer ou vivre ma réalité. À 19 ans j’ai dû partir !
- À 15 ans j’étais lesbophobe, parce que colonisée par le système patriarcal dans lequel je baignais comme toutes individues. J’avais déjà intégré la haine des femmes et de mon lesbianisme.
- La gynécologue m’a débité un questionnaire hétéronormé et a parue gênée, lorsque je lui ai dit que je n’étais pas concernée.
- À la réception de l’hôtel, face au regard intrusif du réceptionniste, ma compagne, envahie par la honte, m’a fait passer pour sa nièce.
- À la pause entre collègues je ne partage pas les anecdotes sur mon quotidien. Les miennes auraient un goût de désordre.
- Je suis femme, lesbienne, et ainsi érigée, je suis un affront.
- Elle dit qu’elle a eu un béguin, une attirance pour une femme, mais elle était bien jeune..., enfin c’était avant ...!
- Elle est en colère contre elle-même d’être troublée par une femme. Elle dit que c’est trop tard. On ne devient pas lesbienne à 50 ans, ça ne se fait pas !
- On m’a souvent dit que je ne faisais pas lesbienne !
- Elle dit, concernant le partage charnel entre femmes, que de nos amours hors-normes, tout reste à inventer, et j’aime cette idée !
Reconnaissons-nous femmes, amies, amoures et soeurs, dans un espace sécure, que nous nous offrons, pour nommer, dire, partager, ressentir, s’écouter, s’écrire, se définir, se préférer, se choisir, se soutenir, et amorcer ainsi un nouveau virage. Car c’est bien de cela dont il s’agit et dont nous avons vitalement besoin !
Esquisser ensemble les contours de la sororité pour ne plus être les clandestines aux consciences mutilées !
Periquita

Moscow Death Brigade "Brother & Sisterhood"


Soutien à la communauté homosexuelle Tchétchène


Re-prenons nos vies en mains, Fédération Anarchiste


Non à la loi travail + Mort aux rats du Gud


dimanche 13 août 2017

Un mort à Charlottesville : Pourquoi la droite peut maintenant nous tuer

Le site américain CrimethInc a fait un texte sur l’attaque de Charlottesville et sur ce qui a amené à cette situation prévisible. Des rassemblements spontanés ont été organisés un peu partout dans le monde dès l’annonce de l’attaque, d’autres rassemblements sont prévus, n’hésitez pas à nous envoyer vos initiatives. Ni Oubli Ni Pardon :

Aujourd’hui, à Charlottesville en Virginie, des participantEs à un rassemblement fasciste sont passéEs à l’acte après les menaces, en conduisant une voiture contre la foule, tuant au moins une personne.

Nous ne sommes pas surprisEs.

En novembre, pendant le Standing Rock, la police avait failli arracher le bras d’une jeune fille de 21 ans, Sophia Wilansky, avec une grenade à concussion (qui produit une puissante onde de choc).
Les autorités du Dakota Nord n’avait alors pas répondu en condamnant la police pour ces violences, mais en proposant un projet de loi qui légitimerait les conducteurs amenés à renverser des manifestants.
Lors d’une manifestation antifasciste à Seattle en janvier, au moment de l’investiture de Trump, un militant de Alt-right avait tiré et blessé au ventre Hex, un manifestant anti-fasciste, membre du syndicat IWW (Industrial Workers of the World), non armé, l’envoyant plusieurs semaines à l’hôpital. La police avait initialement refusé de mettre en examen le tireur pour crime, tout en continuant de condamner, et de réprimer les manifestantEs antifascistes.
Après ces coups de feu à Seattle, nous avions écrit que le alt-right était « en train de travailler activement pour donner un élan à la création d’un mouvement fasciste, qui ne s’arrêterait pas sans meurtres ».



Heather Heyer assassinée par un nazi ce 12 août 2017

Aujourd’hui le meurtre d’une militante antifasciste est le premier à se produire pendant une manifestation. Ce ne sera probablement pas le dernier.
Quand l’État passe le message que la police mais aussi des totalitaristes peuvent librement attaquer et blesser ceux qui protestent contre le racisme et l’injustice, personne ne devrait être surpris que cela se reproduise.
Quand l’État change ses lois pour permettre de tuer des manifestantEs avec des véhicules, personne ne devrait s’étonner que le alt-right réponde à l’invitation.
Pendant ce temps, le gouvernement a l’intention d’utiliser cette tragédie pour consolider sa position. Trump a condamné la haine et le sectarisme « aux différentes facettes », en entretenant le flou sur l’identité de ceux et celles qui perpétuent des violences et de ceux et celles qui les subissent, ainsi que sur les valeurs qui opposent les antifascistes et la haine des fascistes. Melania Trump est intervenue pour rappeler que « rien de bon n’émerge de la violence » – mettant de nouveau sur le même plan l’engagement antifasciste et le crime fasciste – pendant que son mari ravive la menace d’une catastrophe nucléaire, en conduisant le monde au bord du gouffre.
Et pendant que nos amis saignent dans les rues ou refroidissent à la morgue, les violences néonazies inexcusables atteignent un niveau qui n’avait pas été vu depuis des années, et le maire de Charlottesville nous dit de « rentrer à la maison ». Il ne peut pas venir et dire « un néonazi a tué une personne qui se battait contre la suprématie blanche pendant que j’étais là et que je ne faisais rien ». Alors il a diplomatiquement déclaré qu’ « une vie avait été perdue », comme un trousseau de clé que l’on aurait égaré, au lieu de dire qu’un horrible acte de violence raciste venait d’être délibérément commis.
Le discours autour de ‘la loi’ et de ‘l’ordre’ fonctionne de la même façon, que ce soit dans la bouche des libéraux comme le maire Signer, ou dans celle des zélateurs du culte de Blue Lives Matter. Il s’appuie sur nos peurs de la violence et du chaos pour nous convaincre que la seule alternative est d’accepter le status quo économique, politique, et racial, défendu par une surveillance et un contrôle toujours accrus.
Mais nous devons prendre conscience que ce sont leurs lois et leur ordre qui génèrent précisément cette situation – une situation dans laquelle les profits des entreprises pétrolières et gazières valent plus que la vie des défenseurs de l’eau, parmi lesquels les policiers ont tué des hommes noirs en toute impunité, parmi lesquels les nazis porteurs de flambeau peuvent tuer ceux qui s’organisent pour mettre un terme à leur programme raciste.
Nous devons identifier les forces latentes de leurs lois et de leur ordre – la suprématie blanche, le patriarcat, la police, le capitalisme, et l’État. Nous devons travailler ensemble pour nous préserver et ré-imaginer le monde sans eux.
Non, nous ne rentrerons pas à la maison. Nous n’oublierons pas. Et si nous pouvions un jour oublier, ce sera seulement lorsque nous serons sûrs que ni les policiers ni les fascistes ne seront plus jamais en mesure de causer le moindre mal à quoi que ce soit de vivant.
A bientôt dans les rues.

Charlottesville : la marche des suprémacistes blancs finit en assassinat

Un mort et une vingtaine de blessé.e.s : voilà ce qu’il se passe quand on donne la possibilité à l’extrême-droite de manifester.
Cela faisait plusieurs semaines que tout le monde s’y préparait. L’évènement « Unite the right » (Unifier la droite) à Charlottesville devait être la plus grande manifestation de néonazis et suprémacistes blancs de l’histoire récente des Etats-Unis et s’est terminé en drame. Un participant à la marche d’extrême-droite a foncé avec sa voiture dans la foule des contre-manifestants antifascistes et antiracistes. Une jeune femme de 32 ans est décédée, et au moins 19 autres personnes ont été blessées.
Un fasciste a foncé dans la foule des contre-manifestants. Un mort et 19 blessé.e.s.
Toute l’extrême-droite des Etats-Unis (Alt Right, National Socialist Movement, Ku Klux Klan, Vanguard America, différents groupes et organisations suprémacistes, nationalistes, ainsi que les chefs de file de ces mouvements) s’était donné rendez-vous à Charlottesville, petite ville paisible de l’état de Virginie. Le choix de cette ville n’est pas anodin : le 8 juillet dernier, quelques dizaines de membres du Ku Klux Klan avait été mis en échec par une mobilisation antiraciste populaire et massive. La raison invoquée par les organisations nationalistes et suprémacistes était de protester contre l’enlèvement de la statue du général confédéré Robert E. Lee, symbole de l’esclavagisme.

Dès le vendredi soir, les membres de ces différents groupes d’extrême-droite se sont retrouvés sur le campus universitaire pour une marche aux falmbeaux aux cris de « You will not replace us » (suivant la théorie du grand remplacement). Déjà sur le campus, ces quelques centaines de fascistes ont pris à partie, encerclés et lynchés un groupe d’étudiant.e.s et d’habitant.e.s qui s’était rassemblé pour protester contre leur présence. Ce rassemblement, autorisé par les pouvoirs locaux, et ce lynchage se sont déroulés sous les yeux de la police locale et fédérale.
Le lendemain, ce samedi 12 aout 2017, des affrontements éclatent un peu partout autour du square où se trouve la statue du général esclavagiste. Côté fasciste, des miliciens armés de fusils mitrailleurs automatiques se montrent en première ligne, épaulant les membres de l’alt right et autres néonazis casqués et équipés de matraques et boucliers. Côté des habitant.e.s et activistes antiracistes et antifascistes, des membres de Redneck Revolt assure la sécurité et mettent en place des périmètres (safe zone). Les pouvoirs locaux, devant la violence et le nombre de débordements, décident d’interdire la manifestation des suprémacistes et nationalistes, 2 heures avant l’heure officielle de l’évènement.
C’est peu de temps après cette annonce, qu’un participant à la marche nazie, James Alex Fields Jr, a foncé dans le cortège des manifestant.e.s antifascistes, à l’angle de Water Street et de 4th Street. Roulant sur la foule, le véhicule finit par percuter 2 véhicules immobilisées dans le cortège. Il repart alors en marche arrière, percutant de nouveau des manifestant.e.s. Le véhicule repart, et sera interpellé quelques centaines de mètres plus loin.
Heather Heyer, une jeune femme de 32 ans, participante à la marche antiraciste décède et 19 autres personnes sont blessées.


Heather Heyer

Le soir Trump a refusé de condamner les violences et le crime commis par les fascistes, qui l’ont soutenu et permis d’accéder à la présidence des Etats-Unis. Il a préféré renvoyer dos à dos antifascistes et néonazis, parlant des « violences de tous les côtés » et niant l’essence violente et anti-sociale des idéologies et organisations nationalistes et suprémacistes.
Nous souhaitons témoigner notre rage et notre solidarité pour tous les antifascistes et antiracistes qui luttent au quotidien contre les groupes et les idées d’extrême-droite sur le territoire nord-américain et plus spécifiquement contre les forces réactionnaires qui ont permis à l’ultra-capitaliste et xénophobe Donald Trump de se retrouver au pouvoir. Même s’il est trop tôt et que nous sommes trop loins pour l’analyser correctement, il est sûr que la journée du 12 aout 2017 et l’assassinat de Heather Heyer marque un tournant dans la lutte contre l’extrême-droite, le racisme et le fascisme outre-Atlantique.
Des rassemblements et des manifestations sont en train de se mettre en place un peu partout dans le monde. Nous appelons les groupes antifascistes en France à témoigner leur solidarité et à réagir à cet assassinat. Solidarité avec les antifascistes nord-américains ! Le meilleur hommage, continuer le combat !

Plus d’infos, photos et vidéos :
https://itsgoingdown.org/
https://itsgoingdown.org/violent-white-supremacist-rally-in-charlottesville-ends-in-murder/
https://itsgoingdown.org/one-dead-charlottesville-right-can-kill-us-now/

Source : http://lahorde.samizdat.net/2017/08/13/charlottesville-la-marche-des-supremacistes-blancs-finit-en-assassinat/